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Créateurs à leur insu ?

 

Créer quand on pense qu’on en est incapable. Découvrir comment le passage par la création permet d’explorer avec rigueur des notions complexes. Confronter ses points de vue. Se découvrir soi-même d’une autre façon dans le cadre d’un travail de groupe : voici quelques-uns des apports de ce workshop. Mais le plus bel apport qui soit, c’est celui que tous construisent ensemble, et qui se révèle le jour du vernissage ; ce moment où les œuvres crées valent bien des expositions de professionnels, où elles nous parlent et nous regardent. Cela nous regarde tous !


Le temps est compté : quatre petites journées, à partir du du mardi matin 10h00, découverte du programme, au vendredi à 16h00, vernissage de l’exposition des œuvres réalisées.


Je tourne de groupe en groupe, donne mes impressions et mes conseils, contradictoires ou convergents. Les tensions apparaissent, les crises surgissent, les problèmes se déplacent, les solutions heureusement poussent comme des champignons : à 15h le vendredi chacun est prêt, connaît sa tâche pour l’heure qui vient.


La répartition de l’espace d’exposition entre les cinq groupes, l’installation des œuvres, l’arrivée du traiteur et la mise en place du buffet, les hésitations et les reprises de dernière minute, les soudains revirements : et finalement les premiers visiteurs, guidés par les créateurs devant les ouvres, qu’ils commentent, expliquent, les œuvres qu’ils ont eux-mêmes conçues, mais qu’ils découvrent vraiment à ce moment.


Un étudiant dira : « on ne se lasse pas de regarder ce qu’on a créé, on y lit encore d’autres choses ».
Les productions sont variées, très différentes les unes des autres. Un point commun cependant, qui n’avait pas été imposé : pas d’image, ni photographie, ni collages, ni dessin. Mais volumes, espaces, extensions ou concentrations, corps, objets, contenants et contenus. Les symboliques convoquées vont des plus directes aux plus conceptuelles, les réalisations se sont adaptées aux capacités des uns et des autres. Un sans-faute, une critique et historienne d’art invitée dira : sur ces cinq œuvres, trois méritent de figurer dans les meilleures expositions.


Le sens de ces œuvres, les prises de position qui ont été énoncées en début de workshop, sont (étonnamment ?) plutôt décalées : la domination du chiffre doit être renversée, la séduction esthétique des scandales financiers attire, le changement déçoit toujours, les normes sont à doubles tranchant, la responsabilité sociale une façade…


Mais au lieu d’asséner ces « vérités » discutables, les œuvres les complexifient, les nuancent de leurs contraires (le chiffre est d’or et de carton, les outils les plus utiles sont les plus dangereux, le local est bancal mais central,…). Elles touchent les visiteurs, qui les apprécient à la fois comme une véritable exposition artistique et comme une réflexion sur la gestion. Ils ont leurs critiques et leurs préférences, pour l’une ou l’autre des œuvres, mais tous avec cœur, enthousiastes et impressionnés, néophytes comme artistes établis, étudiants comme enseignants, extérieurs ou concernés.


Pari gagné. Compatibilité art / comptabilité prouvée, cette fois au moins. A vous de créer….